5.2.11

Le fruit d'Aphrodite

Milieu de nuit.

Je gémis de douleur.

Complètement désorientée.

Je ne parviens pas à ouvrir les yeux.

Lourdement endormie.

Saisie, brusquée, j'entrevois la lueur des lampadaires qui plane dans la chambre.

Murs blancs, meubles blanc, vague souvenir de l'île de Santorin...

Confusion.

Morphée me lâche.

Des repères surgissent :

Tes vêtements, déposés délicatement sur le fauteuil capitonné.

Le rouge, celui près du miroir.

Notre favori.

Ton chapeau, aussi.

Mes vêtements, lancés pêle-mêle sur le sol.

Puis ça recommence, cette sensation.

Mes cheveux.

Ma tête.

Mon visage.

Par ta poigne, c'est tout mon corps que tu agrippes, que tu renverses vers l'arrière,

Que tu attires vers toi.

Toi.

Toi et ma longue crinière rousse...

Tu y plonges tes doigts délicats.

Tu t’y cramponnes d’une main de fer.

Tu m’entraînes vers toi, lentement, surement.

Plus près,

Plus près,

Toujours plus près.

Cette douleur qui me prend, au complet.

Toujours plus grande.

Envahissante.

Plus près.

Insistante.

Plus près.

Je sens ton souffle sur ma peau, sur mon visage.

Frôlement de tes lèvres roses...

Puis je m'empourpre,

Dos arqué.

Gorge déployée.

Je suis moite,

Crispée,

Excitée,

Mouillée.

Je tends l’oreille.

Je tais mes gémissements.

Un silence.

Long silence.

Tu murmures;

« J’adore t’entendre. J’ai faim. Je veux une pomme grenade. Va. »

1.2.11

Prendre ton pied

Je voudrais être assise sur une chaise dure et droite.

Sise au centre d’un vaste salon victorien,

Ou d’un pompeux boudoir de luxe, peu importe;

Armoires noires et velours pourpres.

Je voudrais être nue et ne porter que ces bottes aux pieds.

Hautes, en cuir véritable, noires, vernies, très brillantes.

De fins tallons aiguilles de sept centimètres.

Lacées en croisé, munies de sangles.

Serrées.

Semelles blanches, bouts ronds.

Nue.

Bottée.

Ligotée.

Offerte.

Je voudrais avoir ton pied dans la bouche.